Les transports ont-ils tué la poule aux œufs d'or ?

Autrefois, les routiers livraient les commerçants de mon village. Maintenant, ils s'arrêtent à 15km aux supermarchés de la grande ville. Ils ne font plus les derniers kilomètres. Pourquoi avoir abandonné des millions de kilomètres, des millions de chiffre d'affaire ?

Un profit à court terme ! C'est toujours plus rentable de livrer en quantité sur un concentrateur (« hub » en anglais) plutôt qu'au détail dans une épicerie. D'ailleurs, en suivant cette logique, il vaut mieux livrer les préfectures que les chefs lieux de cantons. Il vaut mieux livrer les métropoles de régions plutôt que les préfectures. Et enfin, il vaut mieux livrer les capitales que les métropoles de régions.

Amis routiers, n'écoutez pas, je m'adresse directement à vos exploiteurs. PDG de la route, pour vous faire un max de blé, vous devriez vous limiter à livrer la gare de Paris à la gare de … Paris.

C'est bien sûr complètement débile. Mais, vous ne devez vous en prendre qu'à vous. Lorsque la grande distribution vous a proposé des avantages de livraison en gros, il fallait dire : « OK. Mais par péréquation des coûts, la grande surface payera plus cher pour que la facture soit diminuée aux commerçants de campagne. » Au lieu de cela, vous avez contribué à la mort de la vie rurale. Et, en fin de compte, à diminuer votre chiffre d'affaire.

C'est marrant ce paradoxe du profit à court terme antagoniste avec la survie du métier. Comme les paysans qui ont de magnifiques rendements la première année où il balance des engrais chimiques. Mais comme, ils ont tué leur terre avec la chimie. Ils doivent toujours en mettre plus car les rendements baissent. Mais, revenons à nos moutons.

« Comment, toi mon garçon, qui écris ces lignes, tu es pour que les routiers fassent plus de kilomètres ? Je te croyais écolo ».

Justement, depuis que les routiers ont aidé la grande distribution à tuer les petits commerces, nous devons tous utiliser la voiture. Avant, le camion livrait une demi-tonne de sucre au village et le kilo de sucre je le cherchai à pied. Maintenant, nous sommes cinq cents à prendre la voiture pour faire 15 kilomètres.

« Certes mais tu n'as qu'à cumuler tes courses. »

Pas vraiment. Tous les autres commerces ont fermé par manque d'activité. Et, le rendez-vous du coiffeur tombe rarement avec celui du dentiste.

Oui, dans notre village, il y avait de tout, même une mercerie et une auto-école. Aujourd'hui, il ne reste plus rien. Ah si, le « bar des sports ». Nous sommes en Bretagne, il y a un minimum vital.

Ce qui s'est passé dans le « transport en commun des marchandises » par route s'est généralisé dans tous les domaines du transport. Plus de médecin, ni d'hôpitaux partout en France. Par exemple, à Cherbourg, il y avait un formidable hôpital des armées. Maintenant, il y a quotidiennement un ballet de « taxi-ambulances » qui font chacun 250 km aller-retour.

Plus d'autocar (le bus c'est en ville et on y tient debout, en interurbain cela s’appelle l'autocar), plus de train, plus de services publics. Pour tout, il faut une voiture.

Mais, le pire c'est qu'à chaque litre d'essence gaspillé, c'est un emploi de proximité détruit. Si tous les villageois laissaient leur voiture au garage, il y aurait largement de quoi payer un instituteur, un facteur, un épicier, un boucher, un boulanger, un pharmacien, un médecin, …

Gaspiller du pétrole pour engraisser la bourse, détruire la planète et détruire les emplois, c'est ce que l'on appelle la croissance. La décroissance c'est l'inverse. Oui. Fini les 4×4. Mais, on va à pied à l'école de son village et on profite de la vie.

Bientôt nous n'aurons plus le choix. Le fin du pétrole à bon marché c'est aujourd'hui. Jugez plutôt : 10 francs le litre ! Souvenez-vous dans les années 90 « à 5 francs plus personne ne roulera ! ». Ce sera peut-être à 10 € ?

Des gens commencent à s'organiser pour cette fin de pétrole et font un peu partout dans le monde des villes en transition. Si nous pouvons le faire en plein cœur du Morbihan, vous devriez en être capables aussi. Maintenant, c'est chacun pour soi. N'attendons plus, que l'(e bon) exemple vienne d'en haut. Prenons nous par la main pour changer ce monde débile.

Finalement à force de vouloir du profit à court terme, la grande distribution et les transporteurs ont poussé les gens au véhicule individuel. Grâce à eux le pétrole s’épuise plus vite et ils ont réussi à accélérer leur propre perte. Est-ce cela la justice ?



François




La transition selon les travaux de Rob Hopkins.

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