Un corps humain est-il une marchandise ?

Quoi de plus noble que le don de soi ? Le don : un acte librement consenti. Certains peuvent endurer les souffrances d'une opération pour donner une partie d'eux-mêmes, par simple idéal. En revanche, même avec un dédommagement financier, prendre sous contrainte une partie du corps d’autrui, c'est le réduire à l'état d'esclave biologique. Il ne tient qu'à nous de l'empêcher en fixant des règles.

Autour de nous, nous connaissons des dons désintéressés :

  • Donner son sang pour partager la vie. C'est le salut pour des accidentés, des malades, sans nuire à celui qui donne.
  • Donner son sexe pour le plaisir d'un conjoint, d'un partenaire ou même à ceux qui sont exclus, dans la misère (qu'elle soit financière, intellectuelle, relationnelle). Que sont quelques instants de sa vie pour rendre celle de l'autre supportable ?
  • Donner son ventre pendant neuf mois, afin de donner la vie pour d'autres. Des gestes de solidarité qui ne peuvent exister qu'entre personnes unies par de liens profonds.
  • Donner un organe, des tissus de son vivant. Par exemple, un rein à un membre de sa famille pour lui éviter des dialyses à perpétuité.
  • Voire enfin, donner ses organes après sa mort. Comme un cœur ou un visage pour que d'autres puissent vivre.

Que tout ceci est noble hors la contrainte. Mais, vous l'entendez ? La petite musique lancinante qui commence : dans une société capitaliste, un don c'est du temps que l'on ne peut consacrer à gagner sa vie. N'est-il donc pas « logique » de dédommager ceux qui donnent ? Et la dérive commence ! Jusqu'à ce que des esclaves économiques deviennent naturellement des esclaves biologiques. Les dominants (ces grands malades) ne prennent parfois même pas la peine de faire l’aumône à ceux pour lesquels ils inventent de nouvelles formes d'esclavages.

Les dominants finissent par voler :

  • Le sang. Ils le prennent dans les pays d'inégalité sociale (États-Unis, …) aux plus démunis (chômeurs, mendiants ou prisonniers) qui ne peuvent rien refuser. Quitte à puiser dans les couches les plus exposées aux maladies. Est-ce dangereux pour eux ? Non. Ce n'est qu'une marchandise qu'ils revendent à d'autres avec grand profit.
  • Le sexe. Ils le monétisent depuis que l'argent existe. Rappelons qu'à l'époque où les femmes étaient la propriété des hommes, le viol s'accompagnait d'un dédommagement financier à son propriétaire légal (mari ou à défaut père, frère). Lorsqu'elles n'en n’avaient pas, le violeur lui donnait directement le prix de son viol. C'est cette transaction financière que nous nommons pudiquement « le plus vieux métier du monde »1).
  • La procréation d'enfant. Dans les heures les plus sombres de l'Argentine, lorsque les militaires jetaient en mer depuis un avion des militantes (droguées pour être sûr d'être dévorées vivantes par les requins2)). Ils attendaient qu'elles accouchent pour voler leurs enfants et les donner aux militaires d’extrême droite. Ou en Espagne lorsque l'on volait les enfants dans les maternités en faisant croire à leurs mères qu'ils étaient morts au moment de l'accouchement3).
  • Les organes. On les trouve en vente sur l'Internet par des chômeurs. Les citoyens (des pays où l'on devrait naître libres et égaux) ont voté pour que des élus mettent en place les inégalités sociales qui rendent possible la réduction à l'esclavage de donneurs d'organes sous contrainte.
  • Ou encore des organes vitaux pris sur des êtres encore vivants. Des hommes sont choisis dans un vivier de condamnés à mort (comptez 62k$ pour un rein de condamné dans le plus grand pays d'économie de marché de l’Asie4)). D'autres sont choisis dans des pays en guerre pour leur voler leur cœur sur une table d'opération (inutile de préciser que ce sont des mercenaires en chirurgie qui réalisent des meurtres prémédités5)).

Mais garçon, c'est gâché de ne pas recycler la bidoche d'un type exécuté.

Non, ce n'est que la justification d'un meurtre. Ce sont pour les mêmes raisons que devions détruire les résultats des chimistes nazis dans les camps de la mort sur les expériences sans nom. Car rien ne peut justifier la barbarie (même a posteriori). De même, nous devons incinérer les corps après exécution. Sans quoi, nous définirons bientôt des quotas de condamnés en fonction des groupes sanguins. Voire, nous ne pourrons abroger la peine de mort contre la volonté de malades en attente de greffe.

Mais tu imposes ton point de vue aux autres. Chacun doit pouvoir agir en son âme et conscience. J'ai le droit d'étudier dans une école de prostitution6). Demain, la libre entreprise permettra de voir fleurir des formations en GPA7), voire en l'art de conserver ses organes après un suicide (euthanasie volontaire ou contrainte). Vive le renard libre dans le poulailler libre !

Non, la seule solution pour mettre un terme à ces dérives, c'est l'interdiction collective. Sinon, dès le plus jeune âge, l’échec scolaire (actuellement synonyme d'inadaptation à la production industrielle) orientera vers ces nouveaux « métiers ». La formation en philosophie est morte ? Vive la formation en mère pondeuse !

Mais, est-il impossible de donner sans être suspecté de corruption ?

C'est possible ! Interdisons toutes transactions financières à l'occasion d'un don. Commençons par décréter la gratuité des actes médicaux. Ensuite et surtout, il faut être sûr que celui qui donne ne le fasse pas pour de l'argent (d'où l'exigence d'un minimum de revenus pour le donneur) et enfin il faut être sûr que celui qui reçoit n'a pas corrompu pour être privilégié (d'où l'exigence d'un maximum de revenus pour le bénéficiaire).

Par exemple, la France en 2010, c'est : 2T€ de PIB pour 64M de citoyens (dont 80 % de plus de 18 ans). Ce qui fait un revenu moyen par adulte de 3,2k€ par mois. Celui qui gagne moins de 3 000 € par mois ne pourra pas être accusé d'avoir acheté au marché noir un organe volé pour une greffe. De même, seuls les adultes qui peuvent garantir 3 000 € de revenu sans travailler pendant la durée de son don (i.e. 9 mois pour une gestation) pourra donner de son corps sans financement supplémentaire extérieur. En somme, seuls quelques rentiers pourraient donner.

Mais cela exclut les riches de recevoir et les pauvres de donner.

Évidemment. C'est la logique choisie par notre monde capitaliste actuel. Le capital est la contrainte qui emporte toutes les autres (i.e. l’anneau unique pour les amateurs de Tolkien). L'argent crée des esclaves de toutes natures, y compris biologiques. Par manque d'argent, nous sommes potentiellement tous de futurs esclaves économiques au cours de notre vie. La loi doit nous protéger.

N'est-il pas possible que les pauvres puissent donner ?

C'est simple, il suffit de supprimer la pauvreté en généralisant le principe des cotisations sociales du CNR8) pour que chacun dispose d'un salaire unique à vie. Ainsi tout le monde pourra donner si bon lui semble.

Veux-tu mettre en place un salaire social pour ceux qui donnent ?

Évidemment pas. Réduire une rémunération à seulement ceux qui donnent, c'est supprimer le moyen de vivre dès que que l'on choisit de ne pas donner. Le don devient contrainte. Il faut justement que celui qui ne donne pas, reçoive autant que celui qui donne, pour que le don ait un sens, pour qu'il reste un choix.

J'y suis ! Tu nous parles du revenu de base à l'allemande qui permettra dans une société capitaliste d'arrondir ses fins de mois en vendant son corps.

Justement non. Je parle d'un salaire unique à vie (cf Bernard Friot9)). Qui interdit toutes formes de domination.

Quiconque milite pour : la prostitution (au profit des handicapés ou non), la GPA (y compris pour des couples homosexuels), ou le prélèvement d'organes sur des exécutés ou suicidés (euthanasie volontaire ou contrainte), ne pourra se défaire de la suspicion de mettre en place de nouvelles formes d’esclavages. Nécessairement, il se fera complice de la création de nouveaux marchés du corps humain.

Pour s'en affranchir, il faut interdire toute rémunération comme pour un don du sang. Au vu de l'importance économique de l'acte (9 mois pour la GPA, ou la formation d'un mercenaire en chirurgie pour le vol d'un cœur), il n'y a qu'un moyen pour supprimer toutes formes de contraintes financières : il faut commencer par exiger un salaire inconditionnel à vie pour tous. C'est seulement par la suite que le don pourra prendre place.



François



Une suite inattendue sur la-bas.org10).

Un autre danger de la Procréation Médicalement Assistée (utilisée dans le cadre de la Gestation Pour Autrui) réside également dans la sélection des gamètes qui substitue les enfants du hasard par des enfants de la sélection, au même titre que les OGM. Eugénisme tu n'es pas loin !

1) France Inter / La tête au carré / lundi 2 décembre 2013 (38'50“) Le goût des mots Françoise Héritier, anthropologue, ethnologue, professeur honoraire au Collège de France, s'est penchée sur les différences des sexes et sur notre système de pensée qui repose sur le principe de la domination masculine.
2) France Inter / Là-bas si j'y suis / Le vendredi 12 avril 2013 (17'30”) Monsieur tout blanc (4) Sur le largage d'être humains en vol
3) France Inter / Là-bas si j'y suis / lundi 16 avril 2012 Les enfants volés d’Espagne Entre 1940 et 1990, près de 300 000 enfants auraient été volés a la naissance pour être vendus en Espagne.
4) France Inter / Là-bas si j'y suis / mercredi 4 juin 2008 (10') La Chine : un éléphant qui fait du vélo (3). Greffes d’organes Sur le commerce d'organes des condamnés à mort
5) France Inter / Là-bas si j'y suis / vendredi 31 mai 2013 (16'30“) Kosovo, le bénéfice du doute (2) Sur la formation de mercenaires en chirurgie à voler un cœur sur un être vivant
6) Rue89 Une école où l'on apprend à faire jouir les handicapés Sur de nouveaux métiers pour les chômeurs
7) GPA : Gestation Pour Autrui
8) CNR : Conseil National de la Résistance
9) Voir sur notre site les travaux de Bernard Friot : L'enjeu des retraites
10) à 44 minutes du début de l'émission de Daniel Mermet du mardi 1er avril 2014 : Diplo d’avril, Jacques Testart parle de la PMA
suite_de_l_agenda/un_corps_humain_est-il_une_marchandise.txt · Dernière modification: 24/04/2014 08:41 par webmestre