A nos amis géorgiens

Les rafles c'est loin de nous. Loin dans l'histoire. Loin dans la géographie. Ce sont des trucs d'un autre âge que l'on ne verra plus… peut-être.

Ce matin 1), à Vannes, 1h du matin, dans le box d'un hôtel bas coût. Cette chaîne d'hôtels que l'on ne trouve qu'en bordure des périphériques des villes.

Une femme, son enfant de 8 ans et un bébé. Il y a aussi une grand-mère, à qui il manque un œil. Bref, des gens très dangereux, assurément. Suffisamment en tout cas pour que dix flics armés viennent les surprendre en pleine nuit.

Ah oui, ils sont géorgiens. Il faut donc urgemment les reconduire à la frontière. Plus précisément en Pologne puisque c'est de là qu'ils sont entrés en Europe. Vous n'imaginez pas les camps… l’hygiène qu'il y règne… en hiver… en Pologne… pour un bébé.

Le bébé était prématuré, deux kilos à la naissance. Ils ont attendu qu'il ait 20 jours pour l'expulsion. Ce n'est pas pour qu'il prenne des forces. C'est à cause des règlements aériens. Oui. Pas avant trois semaines, à cause des tympans et de la pression. Sinon, vous pensez bien qu'ils l'auraient attendu derrière la salle d'accouchement.

Non ! Une seule valise. Pas de landau. Vos affaires. Quels affaires ? Vous ne possédez rien. Vous n'êtes rien.

Les autres étaient là. RESF 56, CIMADE 56, … Pour ne pas que le seul souvenir de France soit ces flics. Pour se souvenir qu'il y a aussi des êtres humains.

Je suis sûr qu'il y a de bons policiers. Ceux qui arrêtent les délinquants en col blanc, les pourvoyeurs de médicament mortifère, des disséminateurs d'amiante, des pollueurs industriels. Oui, il y en a sûrement. Je n'en connais pas personnellement. Mais, il y en a sûrement.

Mais, quelle mission de service publique remplit-on quand on envoie un bébé de 20 jours… prématuré… dans un camp… via un transport long et pénible… pour un hiver rigoureux…

Le père n'était pas là. C'est que c'est un travail de jour comme de nuit de survivre dans un pays hostile. Tant pis pour eux. La famille sera séparée. Il devra les chercher. Là-bas en Pologne.

J'en ai parlé à des étudiants cet après-midi. « Monsieur, on aime pas votre blague raciste. En plus elle est pas drôle. » C'est peut-être mieux qu'ils n'y croient pas.

Avec le président d'avant, il y avait des expulsions. Maintenant, c'est … pareil.

C'était quoi déjà le slogan publicitaire ? Le changement, …

C'est ça le truc. C'était une publicité. Comme toutes les publicités.





Dernière minute.

Arrivés à Roissy, la maman a refusé d'embarquer sans le père de famille. Et là on s'est aperçu qu'ils n'étaient pas expulsables…

Recueillis par la Croix Rouge, la maman, le bébé de 20 jours, l'enfant de 8 ans et la grand mère ont été libérés le lendemain!

Qui sait ce que la mobilisation peut faire…

Tant de maltraitance pour en arriver là!



François

1)
le mercredi 17/10/12